Nous avons, comme toutes et tous, été assommés et inquiets quand le premier ministre du Québec annonça, le 23 mars dernier, la mise sur pause des toutes les activités économiques non essentielles ainsi qu’un confinement généralisé de la population.

Pour pallier à cette période EXTRAORDINAIRE, tant le gouvernement fédéral que provincial ont mis en place un filet de sécurité social pour protéger nos personnes aînées, les travailleurs ayant perdu leur emploi, les personnes en situation d’itinérance, les entreprises, etc.

Comme bien d’autres organismes communautaires, nous avons dû nous adapter, par la mise en place du télétravail, afin de poursuivre notre mission d’aide et d’accompagnement en défense des droits. Lors des deux derniers mois, nous avons été confrontés à l’oubli d’une certaine partie de la population. Pour nous, ils sont les invisibles de la société. On ne parle presque pas d’eux dans les médias, ils n’ont pas leur place aux conférences de presse de nos élus, et surtout, ils n’ont pas la capacité de prendre la parole pour se faire entendre.

Ce qui nous a particulièrement frappés, dans ces mois du grand confinement, est un contrôle social et une stigmatisation exacerbés de la part de certains acteurs sociaux.

Nous avons accompagné des personnes locataires qui ont subi des tentatives d’éviction de la part de propriétaires. En sachant qu’avec l’état sanitaire d’urgence, les audiences à la Régie du logement étaient suspendues, sauf en cas de dossier prioritaire, les personnes que nous avons accompagnées ont vécu un véritable enfer. Certains propriétaires avaient pour stratégie de présenter une lettre à la personne en insistant sur sa signature. Ce document mentionnait que le locataire acceptait de quitter son logement au 30 juin prochain. Pourtant, les locataires visés avaient renouvelé leur bail quelques semaines auparavant.

Étant isolé et sans famille, ne pouvant pas rejoindre la Régie du logement et l’Aide juridique qui avaient suspendu leurs services, les personnes étaient désemparées et sur le bord de vivre de véritables crises psychosociales. C’est dans des conditions extrêmes que ces personnes nous contactèrent.

Parallèlement aux problèmes de logement, nous avons dû répondre à plusieurs questions de personnes prestataires de la Solidarité sociale concernant leur non-admissibilité à la prestation canadienne d’urgence. Comme le mentionne avec justesse le Front commun des personnes assistées sociales du Québec, « Nous ne savons plus quoi répondre à toutes ces personnes souvent désespérées qui nous contactent chaque jour et cherchent vers qui se tourner pour trouver un peu d’aide. La plupart des personnes font face à des dépenses supplémentaires. Il suffit de penser au prix de certaines denrées alimentaires qui a augmenté, et aux produits de format économique, de marque maison ou en vrac qui sont moins disponible en raison de la plus forte demande. »

Quoi répondre à une personne recevant une prestation de contrainte sévère à l’emploi (donc inapte au travail selon un rapport médical) qui reçoit 1 210$ par mois face à un travailleur qui a perdu son emploi qui reçoit 2 000$ de la prestation canadienne d’urgence. Il n’y a rien à répondre….Parce que ça ne fonctionne pas. Une personne prestataire de la Solidarité sociale a la même valeur qu’un travailleur qui a perdu son emploi. Pour nous, ces personnes ont été laissées sur la voie d’accotement du filet social COVID-19.

Enfin, une partie importante de notre mission concerne l’aide et l’accompagnement des personnes hospitalisées, sans leur consentement, en psychiatrie en vertu de la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui (loi P-38.001). D’ordinaire, nous effectuons entre 200 et 400 interventions, par année. Autrement dit, chaque personne mise sous garde involontaire doit recevoir un dépliant explicatif du ministère de la Santé et de Services sociaux (M.S.S.S.). À ce document, les coordonnées de référence pour de l’aide et de l’accompagnement sont les nôtres.

Depuis le début de l’état d’urgence sanitaire au Québec, nous n’avons presque plus d’appels. Nous ne croyons pas qu’à cause de la pandémie, il n’y a plus d’intervention en situation de crise et par la force des choses des hospitalisations involontaires. Alors pourquoi un tel silence, nous n’en savons rien. Nous n’avons aucun contact avec le centre intégré de santé et de services sociaux (C.I.S.S.S.) de la région. Nous trouvons très préoccupant que le C.I.S.S.S. n’ait pas eu le réflexe, à un moment, de nous contacter pour trouver des alternatives afin que les droits des personnes hospitalisées soient respectés et protégés malgré le resserrement des mesures sanitaires.

Donc, tout ce que nous pouvons faire, c’est spéculer. C’est en lisant l’article d’Isabelle Ducas, Des patients psychiatriques toujours interdits de sortie, que nous nous sommes questionnés si les situations mentionnées par l’article se produisaient dans notre région.

Ce que l’auteure rapporte est très préoccupant. Selon ses dires, certains patients sont enfermés 24 heures sur 24 dans leur chambre. Les personnes hospitalisées qui ont dû mal à gérer leur anxiété sont menacées d’être envoyées en isolement ». Des toilettes utilisées par plusieurs patients ont dû être condamnées temporairement pour éviter la propagation. Des toilettes d’aisance et des bassines d’eau ont été mises à la disposition des patients, etc.

Est-ce que les unités de psychiatrie des centres hospitaliers de Joliette et Le Gardeur ont utilisé les mêmes méthodes. Nous espérons que non. Advenant que de telles situations se soient produites, il faudra alors se questionner sur la valeur de la mise en place du plan d’action en santé mentale du M.S.S.S. 2015-2020. Ce plan a comme premier objectif la primauté de la personne. Est-ce qu’une pandémie peut jeter par-dessus bord tous les principes de la primauté des droits des personnes vivant avec un problème de santé mentale?

Toutes les situations dont nous sommes témoins en tant qu’organisme de défense des droits nous inquiètent au plus haut point.

Que se passera-t-il après la pandémie?

Cette vulnérabilité invisible s’installera-t-elle dans les façons de faire?

Est-ce que les personnes les plus fragiles verront leurs droits fondamentaux réduits afin que le système soit plus sécuritaire et efficace?

Est-ce que la stigmatisation face à certaines catégories de personnes et la mise en place d’un plus grand contrôle social deviendront une normalité sociale?

Nous devrons toutes et tous être vigilants!